Hou le mauvais jeu de mots... qui n'est même pas de moi! Voilà tout de même une série qui, faute d'être rustique, devient un peu lourde et poussive avec le
temps. En France, le premier épisode (en fait le n° 3263) a été diffusé en 1989, mais aux Etats-Unis ce soap-opera dure depuis l'an de grâce...1973! Voilà donc trente-cinq ans que ce feuilleton
glamour passionne les foules outre-Atlantique... L'inventivité du scénario fait merveille : des amitiés, des secrets, des trahisons, des pleurs, des mariages, des divorces, des adultères, des
flirts, des coucheries, des liaisons limite incestueuses, des viols, des enfants cachés, des tests de paternité falsifiés, des vasectomies, des FIV, des fausses couches, des morts-nés, des
agressions, des meurtres et tentatives de meurtres, des accidents, des complots, des retournements de situations, des coïncidences providentielles,du
glamour, des voyages, du pouvoir et du fric. Et aussi du flouze, de l'oseille, du blé, du cash, de la thune, des liquidités, des espèces sonnantes et trébuchantes, des pièces jaunes, des billets
verts et des cartes bleues. Les personnages des "Feux de l'Amour" sont prodigieusement riches; mais quand, par exception, ce n'est pas le cas, ils sont très doués pour le devenir. Il leur suffit
de fréquenter les bonnes personnes et d'appliquer la méthode des vases communiquants.On n'insistera jamais assez peu, en revanche, sur la façon dont
l'argent est initialement parvenu dans les poches de ces grands magnats que sont Katherine Chancellor, John Abbott ou Victor Newman, pour ne citer qu'eux. Exploitation des cols bleus, plus-value
exorbitante, délocalisation? Bouh! Les vilains mots... Ce n'est pas cette réalité-là que la série s'attache à décrire. Le monde de l'entreprise y est réduit à sa plus luxueuse expression. Il sert
de décor d'opérette au fastueux entrelacs d'intrigues dont se repaissent les adorateurs des "Feux de l'Amour" (le nom savant désignant cette espèce téléphage serait probablement
amorignophile... oubliez-le, j'ai perdu mon latin depuis longtemps). Cette façade, en l'occurrence, ne nous donne à voir que la crème des cols blancs : direction, service marketing,
photographe, mannequins...Franchement, qui s'intéresse aux soucis et aux fredaines des ouvriers, des comptables et des agents d'entretien?Je ne sais pas de quel amour il est question dans cette série; toujours est-il que les feux dont il se consume doivent être rutilants, étincelants, flamboyants à
l'extrême. Le glamour des costumes, la luxuriance des décors et l'ardeur des sentiments doivent réussir à faire passer quelques petits arrangements bricolés au gré d'un scénario fantaisiste. Des
coïncidences aussi incroyables qu'innombrables, des rebondissements en cascade, des changements d'interprètes entraînant des dissemblances criantes dans le physique de certains personnages, des
caractères à la psychologie fluctuante... Les distorsions les plus farfelues sont d'ordre chronologique. Le bon sens porte à croire que, lorsque X est né avant Y, X restera plus âgé qu'Y et que
l'écart d'âge entre ces deux personnages demeurera inchangé. Cette vérité, bien trop contraignante eu égard au cahier des charges des scénaristes, a été purement et simplement contournée et
escamotée le plus naturellement du monde, sans que nous sachions par quel tour de passe-passe un tel résultat ait été obtenu. Prodigieux! Ce que le dessinateur Escher a magistralement infligé aux
trois dimensions de l'espace dans certaines de ses lithographies, les "Feux de l'Amour" l'a tout bonnement imposé au temps. C'est le dieu Chronos qui doit être content!
Voici deux exemples des défis à la perspective réalisés par M.C. Escher :
Derniers Commentaires